Bienvenue! Veuillez vous identifier ou vous inscrire. LANGUE:
CHAT
IM LIST
BOOKMARK
BLOGS   CREER UN NOUVEAU BLOG   EDITER MON BLOG  
 
RSS
Le bouquiniste
Posté le 08/23/2008 13:44:08 par midou06




À Saknia, ou il  officie depuis une vingtaine d'années, l'homme s'est déjà fait une réputation de choix. Plus qu'un simple marchand de vieux livres, Miloud est un vrai bouquiniste. Il est de la trempe de ceux qu'Anatole France aimait à appeler «marchands d'esprit». Et pourtant, l'homme n'a jamais pensé ni rêvé, ne serait-ce qu'un moment, devenir ce qu'il est aujourd'hui. Comme tous les enfants, il voulait devenir médecin.

Mais le destin en a décidé autrement et c'est tant mieux parce qu'aujourd'hui il ne manifeste aucun regret d'avoir suivi la voix de son cœur. Il faut dire que sa proximité géographique avec la joutia, haut lieu du commerce des livres d'occasion et fief des bouquinistes, y était pour quelque chose. L'endroit où il a baigné toute son enfance a déterminé à jamais sa destinée. Déjà petit, il s'y rendait pour vendre ses livres à la fin de l'année scolaire et acquérir ceux de la rentrée suivante.

Avec le temps, il a commencé à en acheter en plus grande quantité pour les revendre et dégager des petits bénéfices. Son expérience aidant (il donnait un coup de main à son frère commerçant), il a décidé de se lancer dans la vente de livres d'occasion. Sa première grande transaction, c'était l'achat d'une marchandise qui lui a coûté la bagatelle de 3.000 DH environ.

Jusque-là Miloud n'a pas encore décidé de dédier sa vie à la nouvelle profession. Il obtient son Bac et s'inscrit à la Faculté, section Sciences économiques. En parallèle, il suivait une formation, de deux ans, de technicien de méthode en fabrication mécanique au centre de Saknia. En troisième année de l'université, un bouquiniste lui propose de racheter sa boutique . Une offre alléchante qui a comblé le jeune homme.

Avec le peu d'argent qu'il avait et la grande détermination qui l'animait, il s'est débrouillé pour avoir la somme requise, demande à un ami de s'associer à lui et achète le local. C'était en 1998. «C'est là où ma carrière de bouquiniste a véritablement commencé. Une fois ma licence en poche, je me suis entièrement consacré à cette profession», déclare-t-il. Le livre devient
son univers.

Miloud commence alors à vivre au rythme des saisons du livre. L'année était désormais divisée en trois périodes. Une première qui va de la mi-septembre au mois de décembre est prédominée, à 100%, par le livre scolaire. La deuxième période s'étale de janvier au mois de mai. Là, les livres qui ont la cote sont ceux culturels et quelques manuels scolaires d'exercices. Quant à la troisième saison, c'est celle des vaches maigres. «On y achète plus qu'on y vend», avoue le bouquiniste.

En somme, les rentrées d'argent varient selon les périodes. Ce qui fait dire à notre homme que son métier requiert beaucoup de sacrifices. «Ce n'est pas un métier de tout repos», conclut-il. Néanmoins, il a appris à l'aimer au plus profond de
lui-même, pour le meilleur et pour le pire.

Entre le temps où il vendait les livres juste pour se faire un peu d'argent de poche et aujourd'hui, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts. Sa perception du métier a complètement changé. «Aujourd'hui, je lis beaucoup.

Le livre est devenu une partie de moi. Je l'aime et le respecte. C'est pour moi un objet sacré». Alors imaginez son indignation et sa colère quand il en voit dans une poubelle ou quand il en reçoit qui proviennent de cet endroit.

Cette passion pour les bouquins n'a pas seulement pour raison le gain matériel qu'il en tire, mais surtout le contact qu'ils lui permettent d'établir avec ses clients. Miloud a une théorie qu'il défend bec et ongles. «Il est inconcevable qu'un bouquiniste achète un livre à 5 DH pour le vendre à 100 DH par exemple». Cela sous-tend qu'il doit encourager les gens à lire en leur vendant des livres en fonction de leur situation matérielle. Encore mieux, tel un pharmacien, le bouquiniste doit avoir, selon lui, la capacité de conseiller et de guider ses clients. Pour ce faire, il doit être armé d'un bagage intellectuel assez fourni.

C'est avec beaucoup de nostalgie qu'il se rappelle l'époque où les gens lisaient, soit en 1998-99, et avec autant de regret qu'il constate que la globalisation, les chaînes satellitaires et l'Internet ont détrôné le livre et la lecture. « Il y a aussi le fait que les gens abandonnent les lettres une fois qu'ils commencent à travailler.

Cela veut dire qu'ils ne lisent pas pour leur propre formation », déplore-t-il. En effet, quand il ne s'agit pas d'étudiants qui constituent 50% de sa clientèle, seule une minorité d'intellectuels, qui dérogent à cette règle, trouvent refuge dans des échoppes comme la sienne où des livres bon marché sont à la portée de leur bourse. Quant aux autres, ils préfèrent dépenser le double ou le triple de la valeur d'un livre dans des cafés ou autre distraction.
Tout cela parce que la lecture n'est pas une habitude ancrée dans notre société. MILOUD aurait aimé que ses compatriotes adoptent le même comportement que les Européens et qui consiste à lire dans les bus, les trains ou les endroits publics. Il rêve également d'une société où les parents initient leurs enfants aux plaisirs de la lecture et les accompagnent dans les librairies. En attendant, le jeune homme continue son petit combat dans sa boutique et au sein de «l'Association k….. des bouquinistes»
dont il est le secrétaire général et qu'il veut plus imposante
et plus forte.
------------------------------------------

 

L'union fait la force

 

Dernièrement, Miloud a constitué « l'Association k…… des bouquinistes », un projet dont il a tellement rêvé. Quoique jeune encore, cette association a déjà à son actif une série d'activités culturelles. Elle a organisé des conférences et des débats pour promouvoir le livre et la lecture, où ont été invités chercheurs et intellectuels. « Il s'agit d'un travail bénévole que nous effectuons par amour pour les livres.

Nous œuvrons pour contribuer à créer des échanges avec les intellectuels », précise  Miloud, secrétaire général de l'association.
Pour le moment, cette entité œuvre sur le plan régional en attendant d'acquérir une notoriété nationale.

Mais les espoirs des professionnels sont portés sur son action pour mettre en avant les bouquinistes et les livres, car il s'agit d'un métier qui risque de disparaître s'il n'est pas pris en mains. Seule l'union des concernés peut lui être salutaire.

 

 

 

A  Lire au lit…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tags: Sakniakenitra



Bookmark:




*** Maroconly ***